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Le sommet Union européenne-Afrique s'ouvre alors que le continent en pleine croissance se tourne vers la Chine, l'Inde, le Brésil. Les Africains reprochent toujours à l'Europe un penchant impérialiste et de s'ériger en forteresse.

Une Europe au ralenti déroule le tapis rouge à une Afrique en plein boom.

Le Caire, Lisbonne, Tripoli et aujourd’hui Bruxelles… Depuis quinze ans, les sommets Europe-Afrique se suivent mais ne se ressemblent guère. Cette semaine, plus de trente chefs d’Etat et de gouvernements africains ont débarqué au cœur du Vieux Continent dans un état d’esprit bien différent de celui qui les animait naguère.

De part et d’autre, bien des changements sont intervenus : l’Union européenne a presque doublé de taille et ses nouveaux membres ont déplacé son centre de gravité tandis que l’Organisation de l’Unité africaine, créée au lendemain des indépendances, a été remplacée par une Union africaine, présidée par la Sud Africaine Dlamini Zuma qui, à peine arrivée à Bruxelles, n’a pas omis de citer les méfaits de l’esclavage, du colonialisme et de l’apartheid comme autant de crimes contre l’humanité…

Le niveau de croissance et la place dans le monde ont également changé : alors que l’Europe se bat face à la crise et pratique une austérité socialement meurtrière, l’Afrique affiche des taux de croissance dépassant souvent les 5%, même si la richesse est très inégalement répartie et qu’elle se fonde encore trop sur l’exploitation des ressources naturelles, (minerais, pétrole, bois…) exportées sans être suffisamment transformées.

Europe recluse, Afrique courtisée

Mais le principal changement concerne le rapport au monde : "consommée par elle même, l’Europe n’a plus grand chose de neuf à apporter, elle s’auto provincialise” assène l’écrivain camerounais Achile Mbembe, ”tandis que l’Afrique, de plus en plus courtisée, doit désormais choisir entre le mercantilisme de la Chine, une puissance économique sans concept, et le projet militariste des Etats unis, qui se proposent de construire des bases, déclarées ou non, partout sur le continent.”

De plus en plus fréquentée, non seulement par la Chine mais aussi par d’autres pays émergents (le Brésil, la Corée du Sud, la Turquie…) l’Afrique se veut plus sûre d’elle : alors que les Européens lui proposent encore des programmes de ”lutte contre la pauvreté”, le continent envisage le développement économique dans sa globalité et mise sur ses organisations régionales abolissant les barrières douanières et facilitant le déplacement des personnes.

Lors des funérailles de Nelson Mandela, où le président Obama fut ovationné, les Européens, victimes d’une sorte de désaffection distraite, ne furent même pas invités à prendre la parole…

Présentés lors du sommet de Lisbonne comme une pomme de discorde, les accords de partenariats économiques (APE) visant à ouvrir les frontières africaines aux produits d’exportation européens (des échanges inégaux s’il en est…) ont été discrètement retirés de l’ordre du jour de Bruxelles, qui se contentera d’accords partiels conclu avec les pays de l’Afrique de l’Ouest, vivement dénoncés par la société civile.

Tenir tête aux injonctions européennes

Par contre, d’autres sujets de divergences sont apparus, tant éthiques que politiques : lorsqu’il interdit l’homosexualité, le président ougandais Museveni se fait applaudir, moins sur le fond que parce qu’il résiste ainsi aux injonctions des Occidentaux qui ne tiendraient pas compte des valeurs culturelles africaines, le Rwanda et le Kenya ont pris la tête d’une campagne incitant les pays du continent à se retirer de la Cour pénale internationale qu’ils accusent de partialité parce qu’elle juge majoritairement des Africains.

Même si, avec 20 milliards d’euros par an, elle demeure le premier pourvoyeur d’aide au développement et d’aide humanitaire et se présente comme une puissance altruiste, l’Europe est perçue comme dominatrice, plus soucieuse d’imposer ses normes, ses programmes et sa bureaucratie que de s’interroger sur la manière dont elle défend ses propres intérêts, géopolitiques et surtout économiques, en particulier l’accès aux ressources minières et pétrolières… Même si l’émigration a transformé la plupart des capitales européennes (Paris Bruxelles, Londres…) en cités multiculturelles et métropoles africaines, les restrictions mises à l’émigration, la difficulté d’obtenir visas et bourses d’études renforcent aux yeux des Africains l’image d’une Europe forteresse, moins accueillante que l’Inde ou la Chine…

Alors que le sommet de Bruxelles aura pour thème ”investir dans les gens, la prospérité et la paix”, l’un de ses résultats concrets les plus attendus sera le lancement de la mission militaire européenne en Centrafrique où les contingents africains et français sur place ont un urgent besoin d’appui.

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