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Le dernier film du réalisateur français, Malavita, est sorti en Russie un mois avant la France. Un critique moscovite regrette que Luc Besson, qui a pourtant su arracher des larmes aux spectateurs, ne sache plus que se caricaturer lui-même
Luc Besson et Robert de Niro sur le tournage du film © Jessica Forde / EuropaCorp / TF1 Films Production / Grive Productions Luc Besson et Robert de Niro sur le tournage du film © Jessica Forde / EuropaCorp / TF1 Films Production / Grive Productions Droits réservés
Malavita, énième come-back d'un réalisateur autrefois talentueux, est une parodie de son œuvre. Les habitants d'une petite ville de Normandie ne s'inquiètent pas trop lorsqu'arrivent de nouveaux voisins, qui emménagent pourtant subrepticement, en pleine nuit. Bien sûr, ils n'apprécient pas les étrangers, a fortiori les Américains - "il ne manquait plus qu'eux..."

Mais quand le chef de famille, le grisonnant Fred Blake, explique aux indigènes qu'il s'est établi dans leur ville uniquement pour écrire in situ un livre sur le débarquement des alliés en 1944, puis les invite tous à un barbecue, les indigènes se résignent à cette présence. "Finalement, les gens sont ce qu'ils sont... tout le monde a ses défauts..."

Les provinciaux ennuyeux, têtus, avides, enquiquineurs et globalement désagréables, ne croient pas si bien dire. L'historien solitaire qui, chaque jour, tape d'un doigt sur le clavier de sa machine à écrire, son épouse qui fut une belle femme, leur fils, un cancre de quatorze ans et leur fille un ange de dix-sept ans, ne sont absolument pas des représentants ordinaires de la classe moyenne supérieure américaine. Le véritable nom de Fred Blake est Giovanni Manzoni, et c'est un ancien mafieux de Brooklyn.

Une comédie standardisée à outrance

Ayant donné, six ans auparavant, des chefs mafieux au gouvernement américain, Manzoni fuit à présent à travers le monde les tueurs à gage qui, un jour ou l'autre, auront sa peau. Et comme Giovanni est un témoin important du procès, trois employés du FBI chargés de le protéger le suivent, avec sa famille, dans ses déménagements de ville en ville. Tant que les tueurs ne se manifestent pas, et pendant que son épouse et ses enfants prennent leurs marques dans ce nouveau lieu, Fred peut réfléchir à sa nouvelle vie et se consacrer, non pas à ses travaux d'histoire, mais à son autobiographie. Malheureusement, des petites tracasseries n'ont de cesse de le distraire de son travail. Jusqu'où peut mener l'eau couleur de rouille du robinet ! Fred est à cran et peut à tout moment se dire : "Ca suffit !". Il y a une limite à tout.

une_malavita.jpg Avec cette adaptation du roman Saga de Tonino Benacquista qui avait fait grand bruit, l'expression “Ca suffit !”, devrait être employée non seulement par Fred et sa famille, mais aussi par les spectateurs, fans de Luc Besson, qui ont déjà beaucoup pardonné à leur coqueluche au cours des dernières dix années.

Cette longue pause semblait confirmer la promesse de Besson de ne plus tourner. Et puis il y a eu son retour maladroit avec Angel-A, rappelant curieusement, par ses effets noir et blanc et son intrigue, La fille sur le pont de Patrice Leconte, tournée six auparavant. Ont suivi les trois épisodes des Minimoys, et, enfin, le biopic d'une femme leader d'un mouvement protestataire pacifique de Birmanie, film mièvre et étonnamment superficiel.

Répétons-le, il y a des limites à tout. La prose ironique de Tonino Benacquista, bien qu'elle ne fourmille pas de dialogues percutants et propices à l'adaptation cinématographique, semble avoir été écrite spécialement pour Luc Besson - le criminel italien qui s'enfuit pour échapper à un châtiment (comme dans Léon), la  fillette tueuse, la beauté mortelle gardienne du foyer et de la paix dans le monde comme les aime Besson (Nikita, Le cinquième élément, Jeanne d'Arc, Adèle).

Mais au lieu d'utiliser l'histoire de la famille Blake, détaillée dans le roman et inutile pour rendre les héros sympathiques, Besson a tout simplement enlevé tout le “superflu” pour ne garder que la trame. Malavita est une comédie criminelle drôle, mais standardisée à outrance. On y voit des stars hollywoodiennes qui ont joué dans les grands films de gangsters de De Palma ou de Scorsese, et qui décident pour la vingtième fois de “se remémorer leur jeunesse”. En fait, Besson a tourné un film drôle par moments, parfois bien joué, mais qui n'est qu'une parodie bâclée de son propre cinéma.

Ayant produit plus d'une centaine de médiocres films commerciaux dans le même esprit que les siens, le réalisateur a parfaitement compris que moins il y a d'insolite dans le cinéma commercial, moins il y a de risques d'échec. Il est vrai qu'en filmant des banalités, il ne faut pas non plus s'attendre à remporter un grand succès. Du reste, il se pourrait que Besson lui-même ne soit plus indispensable au cinéma.

Tag(s) : #Art-Culture

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