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Des trois groupements encore en lice pour le terminal 2 à conteneurs du port d’Abidjan, le tandem Bolloré-Bouygues semble être le mieux placé. Explications.


Le groupe Bolloré, concessionnaire du Terminal à conteneurs 1 de Vridi, est plus que jamais en rade pour gérer le terminal 2 à conteneurs. L'appel d'offres de mise en concession de ce terminal, lancé depuis juin 2012, est entré dans sa phase décisive le 16 janvier 2013 avec la remise de l'offre financière des 3 candidats retenus (joint venture Necotrans- CMA-CGM, Hanjin-MSC, Bolloré- Bouygues. Ce processus soulève plusieurs interrogations. Sur fonds de petits arrangements au sommet doublés d’incessantes visites discrètes sur l’axe Paris-Abidjan, l'opération de mise en concession de ce deuxième terminal est-elle jouée d'avance en faveur de Bolloré ?

Il se susurre dans les coulisses que l'autorité portuaire compétente d'Abidjan, sous la tutelle du ministère des transports, joue à grosse corde la musique du Vizir breton, Vincent Bolloré, déjà dans les habits du futur concessionnaire. Les Afriques en possession de documents vous livre en exclusivité les dessous de carte de cette opération.

Bolloré occupe la troisième place de la note technique Depuis le 16 janvier 2013, les trois groupements restés dans la course (le groupe ICTSI/ Necotrans/CMACGM/ Terminal Link-Movis, Hanjin/ MSC, APMT-Bolloré-Bouygues) qui avaient soumissionné pour l’appel d’offres techniques ont été chacun informé par une lettre individuelle du PAA (Port Autonome d’Abidjan) que sa candidature était retenue pour la phase suivante, celle de la remise de l’offre financière, étape décisive du processus avant l'adjudication officielle de la concession par un opérateur. D’après des informations en notre possession, le groupe Bolloré et ses alliés sous la bannière d'un consortium (APMT- Bolloré-Bouygues) s'est classé troisième avec un rating évalué à 66,5 % pour l'offre technique derrière le groupe Necotrans classé premier (81,8%) et Hanjin associé à MSC qui s'adjuge la deuxième place notée à 73,8%.

En réalité, l'offre technique de Bolloré, même si elle a dû échapper de justesse à l'élimination dans cette compétition -puisque la note de qualification des candidats à la phase de l'offre financière est de 65%- était largement en dessous de celle attribuée aux deux autres groupements.

Mais coup de théâtre ! Les trois groupements, à peine bien entrés dans l'ultime phase de la présentation de l'offre financière, reçoivent, contre toute attente, de la haute hiérarchie compétente un nouveau document estampillé RPAO, (Règlement Particulier d'Appel d'Offres). La teneur et l'opportunité de ce document parcouru par Les Afriques soulève beaucoup d'interrogations quant à la crédibilité et à la transparence de la mise en concession du TC 2 d'Abidjan.

Les deux candidatures, Necotrans et ses alliés ainsi que Hanjin-MSC soupçonnent de grandes manoeuvres au parfum d'un deal entre le ministre ivoirien des transports, Gaoussou Touré Touré et l'armateur français, Bolloré et estiment que ce nouveau RPAO fait l'objet de frictions. Dans une précedente édition du magazine Les Afriques en janvier 2013, révélait qu'une réunion concluante entre les deux hommes s'était tenue dans les locaux de la chancellerie ivoirienne à Paris en décembre dernier. Sûrement, la goutte de trop, qui intrigue et agace, au moment où le groupe Bolloré est en lice pour gérer le 2ème terminal à conteneurs.

Ce qui a poussé les deux autres soumissionnaires à dire que la mise en concession du TC 2 est joué d'avance. Avec la bénédiction du ministre ivoirien des transports. Ce dernier a t'il agi sur instruction du président Alassane Ouattara ? Le gouvernement de Daniel Kablan joue t'il la musique de Bolloré, dont l'offre technique s'est classée pourtant en troisième position ? C’est dire que cet appel d'offres entré dans sa phase décisive commence à intriguer et à agacer les deux autres candidats en compétition. L'on se rappelle que Bolloré qui exploite le premier terminal à conteneurs, sans appel d'offres, indiquent des sources autorisées, pour un contrat de 15 ans signé en 2004 a dû réviser le contrat de concession en décembre dernier à la sauvette.

Opération hara-kiri à la franco- dioula :


A vrai dire, le nouveau RPAO met sur orbite le groupe Bolloré devant ses deux autres concurrents, la joint venture Necotrans et Hanjin - MSC. D'après le document en notre possession «seule l’offre financière est prise en compte pour l’adjudication et il n’est pas tenu compte de l’offre technique, quelle que soit la note qui lui a été attribuée».

En vertu de ce nouveau règlement, si l'armateur français, Bolloré, qui présente une offre financière jugée bonne, peut se retrouver adjudicataire en dépit de la troisième place pour son offre technique. Le ticket d'entrée pour le TC 2 est fixé lui à 50 milliards CFA (75 Millions €) alors que sur le 1er terminal, aucun ticket d’entrée n’avait été payé par Bolloré. Dans le nouveau RPAO, la question de la redevance fixe supplémentaire arrêtée à 7,5 Millions € occupe une place prépondérante.

Le concessionnaire selon le RPAO devra payer une redevance variable de 20 €/EVP (Equivalent Vingt Pieds) au Port alors que Bolloré ne paie que 10 € et seulement depuis le 20 décembre 2012. Auparavant et pendant neuf ans, de 2003 à 2012, Bolloré n’a payé que 4 €/EVP, confirme un officiel. Un réajustement a été effectué ainsi en décembre dernier avec le rattrapage des 9 années écoulées. Cela a conduit Bolloré à payer 20 milliards CFA (environ 30 Millions €). Dans ce nouveau document RPAO, les tarifs sont plafonnés, sans que l’on sache si Bolloré est soumis aux mêmes plafonds sur son terminal, précisent nos sources.

Sur le plan du transbordement, un niveau minimum est imposé alors que Bolloré ne subit pas la même contrainte. Or il est établi que les opérations de transbordement sont les moins rentables pour un terminal. Confidence ampoulée d'un connaisseur procédurier : «Les opérations sont souvent effectuées au prix coûtant. La marge se réalise sur l’import/export. Bolloré n’étant pas dans l’obligation de réaliser des transbordements peut donc se concentrer sur les opérations rémunératrices et gagner davantage».

Axelcium dans le tour de chauffe :

De plus en plus, les concurrents de Vincent Bolloré soupçonnent une bataille des eaux gagnée d'avance. Car, ils évoquent le choix du cabinet français Axelcium, établi au 43, Rue LaFayette-Paris par le Port Autonome d'Abidjan. Axelcium qui conseille le PAA dans le processus de l'appel d'offres pour la gestion du deuxième terminal à conteneurs est reproché d'être proche d'un des candidats en compétition, à savoir le groupe français, Bolloré.

Lequel serait selon leurs dires un des gros clients du cabinet Axelcium. Joint au téléphone, par nos soins, pour vérifier l'exactitude de l'information, un responsable du cabinet Axelcium nous a demandé d’écrire un mail en précisant l'objet de notre requête à adresser au patron, Laurent Thorrance. Ce dernier qui n'a ni infirmé, ni confirmé nous a répondu laconiquement : «Il n'est pas dans nos habitudes de commenter les procédures en cours. Dans ce dossier très stratégique, je vous encourage toutefois à vérifier la fiabilité de vos sources avant de mettre en cause la réputation de notre société».

Signalons que le nouveau Terminal n’entrera en service qu’en 2016. Pendant ces 3 années, Bolloré exploitera en situation de monopole un terminal dont le trafic a tendance à s’accroître de manière spectaculaire, au rythme de la reprise actuelle de l’économie ivoirienne.


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Tag(s) : #afrique

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