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http://www.rfi.fr/sites/filesrfi/imagecache/rfi_43_large/sites/images.rfi.fr/files/aef_image/2011-10-20T121536Z_234287529_GM1E7AK1KH201_RTRMADP_3_LIBYA_0.JPG La Libye tente de récupérer la fortune du clan Kadhafi laissée en Afrique du Sud, estimée à un millard de dollars. La Libye tente de récupérer la fortune du clan Kadhafi laissée en Afrique du Sud, estimée à un millard de dollars. REUTERS/Zohra Bensemra/Files Par Dominique Baillard La Libye demande au gouvernement sud-africain d’intervenir pour l’aider à récupérer un milliard de dollars déposé par le clan Kadhafi sur des comptes sud-africain. Pour l’instant, pas de réactions officielles de Pretoria. La restitution des fortunes engrangées par les dictateurs arabes à l’étranger relève du parcours du combattant. Les dizaines de milliards de dollars détournés par les dictateurs sont loin de bénéficier aux populations spoliées. Deux ans après le printemps arabe, la Tunisie a récupéré quelques dizaines de millions de dollars, la Libye une résidence londonienne et l'Égypte ne voit toujours rien venir. Les milliards escomptés sont au mieux bloqués, au pire, hors des écrans radars des États. Cette bataille de la restitution sera longue et coûteuse, car les ex-dirigeants et leurs héritiers ont des appuis, et l'argent, pour se soustraire aux poursuites. Les Philippines ont mis 20 ans à remettre la main sur le pactole de Ferdinand Marcos et le Nigeria six ans pour se réapproprier l’argent spolié par Sani Abacha. Cela dépend aussi du bon vouloir des pays qui hébergent ces biens mal acquis. Des pays pas toujours coopératifs avec les nouvelles démocraties arabes Le cas de l’Afrique du Sud est éloquent. Ce pays a longtemps soutenu Khadafi. L’ex-trésorier du régime, Bachir Saleh, celui qui tenait les cordons de la bourse, circulerait librement sur le territoire sud-africain. Pretoria doit évoluer sur le plan politique pour que la restitution puisse se réaliser. Idem pour les pays du Golfe, comme Dubaï ou l'Arabie Saoudite. Le Qatar quant à lui est plus actif, il a récemment aidé la Tunise à recouvrer 29 millions de dollars déposés à Beyrouth par Madame Ben Ali. A contrario la Suisse est beaucoup plus transparente, du moins au niveau des autorités politiques concernées, il y a un vrai engagement du gouvernement pour faire bouger les choses. Mais l'intendance ne suit pas déplore Maitre Monfrini (voire interview en encadré) chargé par la Tunisie de traquer les avoirs des Ben Ali. Il constate avec regret que la justice était bien plus rapide à l'époque du règlement du dossier nigérian. Le ministère suisse de la Justice a identifié les comptes ouverts par les clans Ben Ali, Moubarak, Khadafi et Assad et a bloqué les fonds qui se montent au total à un peu plus d’un milliard de dollars. Mais aujourd'hui le retour des fonds semble suspendu. Les autres priorités des gouvernements arabes C'est vrai que le Canada, l'Argentine sont aux abonnés absents quand la Tunisie les sollicite, c'est vrai que la Grande-Bretagne tarde à répondre aux requêtes de l'Égypte. Il y a aussi de la part des demandeurs une méconnaissance des mécanismes juridiques qui a abouti à des retards ou des malentendus. Et puis d'autres urgences économiques se sont parfois imposées à eux. Le Caire passe maintenant des accords avec d'anciennes personnalités du régime, en échange de la restitution d'une infime partie de leurs biens, un tiens vaut mieux que deux tu l'auras nous a appris Jean de la Fontaine. En bref dans l'actualité économique La crise a fait baisser la consommation de chewing-gum, avec des conséquences sur l’emploi pour l'usine française de l'américain Wrigley. Wrigley est l'inventeur de la gomme à mâcher et toujours son premier producteur au monde. La crise financière de 2008 a fait chuter sa production d'un tiers. L'usine alsacienne qui fournit le marché européen doit donc revoir la voilure. 200 emplois sur 600 seront supprimés La Corée du Sud en appelle au G8 pour intervenir sur le marché monétaire malmené par la chute de la devise japonaise. La politique de relance monétaire du premier ministre Shinzo Abe est bénéfique aux exportations nippones, mais nuisibles aux concurrents, puisque cela fait remonter leurs monnaies, c'est ce qui se passe pour le won sud-coréen. Entretien : L’avocat suisse Enrico Monfrini, grand spécialiste de la restitution des fortunes amassées à l’étranger par les dictateurs fait le point sur l’état de son action menée au nom de la Tunisie. Le gouvernement lui a demandé en octobre 2011 d’enquêter partout dans le monde sur l’argent détourné par le clan Ben Ali. Dominique Baillard : Où en êtes-vous dans votre action pour aider la Tunisie à récupérer la fortune du clan Ben Ali ? Enrico Monfrini : Je suis frustré, comme mes clients d’ailleurs, de voir les retards accumulés au niveau judiciaire. Malgré les beaux discours politiques, ces retards au niveau judiciaire sont consternants. Par exemple en France il n’y a qu’un seul juge d’instruction chargé du dossier de la Tunisie, de l’Égypte et de la Libye. En Suisse c’est la même chose. Le procureur chargé du dossier n’est pas pressé. Les tribunaux fédéraux auxquels j’ai affaire ne m’ont pas autorisé à copier les éléments du dossier dont j’ai besoin, je dois donc les consulter et les recopier avec un crayon. J’ai l’obligation de fournir la liste des documents consultés. Tout cela me fait perdre un temps et une efficacité considérables. Ce n’était pas le cas pour le règlement du dossier nigérian, je n’avais alors aucun mal à avoir accès aux pièces du dossier. Pensez-vous qu’il y a de l’obstruction ? Pas forcément. Dans le cas de la France, c’est plutôt un manque de moyens. En Suisse, il y a une vraie volonté politique, mais il y a loin de la coupe aux lèvres. Au Liban qui a récemment remis 28 millions de dollars à la Tunisie, je regrette de ne pas avoir pu consulter les informations concernant le compte de Mme Trabelsi ouvert à la Banque libano-canadienne, car en « déshabillant » son compte on aurait pu obtenir beaucoup d’autres informations. Le Canada enfin n’a pas répondu aux commissions rogatoires, ce pays est par tradition très peu coopératif. C’est pareil pour l’Argentine où les Ben Ali Trabelsi ont des biens. Concernant la Suisse, êtes-vous d’accord avec les montants déclarés par les autorités judiciaires ? Oui je suis d’accord sur le chiffre de 70 millions de dollars. Mais je persiste à penser qu’il y a en Suisse beaucoup plus d’argent ben alien. La justice s’est contentée d’interroger les banques sur la liste des 48 noms fournie par l’Union européenne, la Suisse et la Tunisie. Moi j’ai 200 à 300 noms dans mon dossier ! Globalement ce n’est pas tellement un problème d’argent, mais une question hautement symbolique de reconnaissance. Quand un pays (que je préfère ne pas nommer) sait qu’il doit de l’argent à la Tunisie, qu’il feint de ne pas trouver les bases légales pour lui rendre et qu’il préfère lui octroyer la même somme au titre de l’aide internationale, ça ne passe pas auprès de mes clients. C’est une question de dignité. La Suisse a également prévu de voter une loi en 2015 pour accélérer le processus, cela va dans la bonne direction ? On applaudit, malheureusement après avoir été beaucoup trop lente la Suisse court le risque de se montrer beaucoup trop rapide. Pour dégripper la machine, le texte prévoit de confier au département des affaires étrangères la décision de principe de restituer le bien mal acquis. Les personnes ciblées pourraient ensuite faire appel devant les tribunaux fédéraux. Mais cette loi risque d’être retoquée par la Cour européenne des droits de l’homme. Le problème de la Suisse aujourd’hui c’est qu’elle doit prouver ce que tout le monde sait déjà. En clair que les Ben Ali Trabelsi sont des malfaiteurs. Que pensez-vous de l’action menée par les autres pays arabes pour récupérer ces biens mal acquis ? La Tunisie a vraiment une longueur d’avance. La Libye et l’Égypte sont pratiquement au point mort. L’Égypte a beaucoup de problèmes dans sa quête. En ce qui concerne la Libye, c’est pourtant facile, il suffit de gratter, on sait où se trouvent les biens immobiliers, l’argent investi par le clan Kadhafi. Il y en a partout : en Angleterre, en Suisse, en Italie, partout… et il y a beaucoup d’ex-hommes de confiance de Khadafi qui sont prêts à aider les autorités.

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