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 Par Christophe Barbier publié le 14/11/2012 à 09:30

Le sujet n'en finit pas de susciter polémiques et déclarations enflammées. Pourtant, l'enquête de L'Express le montre: les immigrés sont un atout économique et ne creusent pas les déficits sociaux. Raison de plus pour s'attaquer aux véritables causes du blocage de l'intégration à la française.

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IMMIGRATION - Economiquement et socialement, elle est une "bonne affaire" à court, moyen et long termes.
IMMIGRATION - Economiquement et socialement, elle est une "bonne affaire" à court, moyen et long termes.
AFP PHOTO / KENZO TRIBOUILLARD

Depuis quarante ans, c'est la mère de toutes les polémiques. Que le désespoir s'installe à propos du chômage, que le débat public s'enflamme sur l'insécurité, que le communautarisme inquiète ou que l'identité nationale soit en question, on remonte à la même source :l'immigration. Plus qu'un fonds de commerce, l'extrême droite en a fait un levier pour soulever l'opinion - dès qu'elle le délaisse, elle baisse. Par ricochet, la droite n'a cessé de muscler son discours, des "bruits" et des "odeurs" chiraquiens au "racisme antiblanc" copéiste. Mais quand elle est au pouvoir, les discours rentrent dans les tiroirs et la politique suivie reste dans le cadre républicain, car ces partis sont tiraillés entre les entreprises qui ne savent pas fonctionner sans immigrés et les électeurs qui ne peuvent pas vivre à côté d'eux.

Manuel Valls, 9 novembre 2012, France InfoLe vrai coût de l'immigration

REUTERS/Stephane Mahe

"Nous ne pouvons pas accueillir toute la misère du monde, je reprends la phrase de Michel Rocard, même si la France prend sa part dans cet accueil."

Quant à la gauche, elle a mis vingt ans à abandonner l'irénisme cosmopolite, pour s'aventurer elle aussi dans les marécages du vocabulaire, entre "seuil de tolérance" et "misère du monde". Depuis, comme l'illustrent les positions de Manuel Valls, elle cherche à concilier des méthodes sans peur et des propos sans reproche. Pendant ce temps, de réflexion sur la société à bâtir, peu ; de politique vraiment efficace, point.

Le plus gros échec concerne les clandestins, ces fantômes de la mondialisation : les mafias sont extrêmement efficaces pour les encadrer, les Etats complètement nuls pour les refouler. Schengen est un échec et les frontières de l'Europe sont poreuses. La géopolitique de la misère est plus forte que toutes les polices. Or l'ombre portée de l'immigration clandestine obscurcit la gestion de l'immigration légale : régulariser, c'est reconnaître la défaite du droit face au fait accompli ; ne pas régulariser, c'est laisser dans la nature une main-d'oeuvre docile et bon marché, concurrente directe et déloyale des immigrés légaux. Dans une économie de concurrence, dans une société de compétition, le dernier entré veut toujours claquer la porte derrière lui : si un rival entre par la fenêtre, c'est la guerre.

Marine Le Pen, 25 mars 2012, discours de meeting à NantesLe vrai coût de l'immigration

REUTERS/Pascal Rossignol

"Combien de Mohamed Merah dans les avions, les bateaux, qui chaque jour arrivent en France remplis d'immigrés ?"

Quand on quitte des yeux les théories pour regarder la calculette, les conclusions sont nettes : comme l'indique l'enquête de L'Express, l'immigration rapporte plus à la France qu'elle ne lui coûte. Economiquement et socialement, elle est une "bonne affaire" à court, moyen et long termes. A court terme, parce que les immigrés occupent des postes dont les Français ne veulent pas, cotisent et consomment. A moyen terme, parce que les étudiantsétrangers accueillis - et les rejeter, comme le fit la droite, était une faute - sont un excellent investissement pour le futur rayonnement international de la France. A long terme, parce que le dynamisme démographique du pays, dû en partie aux immigrés, assurera notre puissance en Europe, notamment face à l'Allemagne.

François Fillon, 7 novembre 2012, L'ExpressLe vrai coût de l'immigration

REUTERS/Eric Gaillard

"Aujourd'hui, il y a un problème de nombre qui se heurte à notre capacité économique et d'intégration."

Certes, une partie de ces bénéfices est pour demain, donc aléatoire. Les problèmes comptables posés par l'Aide médicale d'Etat, et globalement par les prestations sociales versées aux étrangers, méritent plus de rigueur - mais sans discrimination. De même, le principe du regroupement familial ne doit pas être un tabou, qui transforme une immigration de travail (pour nourrir la famille restée au pays et épargner en vue du retour) en immigration d'installation. Il doit être une possibilité conditionnée, pas un droit automatique : faire venir sa famille, preuve d'un projet de vie durable, voire définitif, ne devrait-il pas être autorisé uniquement comme une étape vers une naturalisation demandée ? Cela empêcherait Jean-Marie Le Pen de comparer l'immigration à une colonisation, comme il le fit encore pendant la dernière campagne présidentielle.

François Hollande, 29 avril 2012, Canal +Le vrai coût de l'immigration

REUTERS/Philippe Wojazer

"Dans un contexte de crise, l'immigration économique ne peut pas être augmentée et doit même sans doute être réduite."

Cet abus de langage n'est pas innocent. Le rejet par l'opinion d'immigrés essentiellement issus d'Afrique noire et du Nord participe de cette mémoire blessée, que ni une stupide repentance ni une apologie du temps colonial ne sauraient soigner. Comment accueillir chez nous (ce qui n'est pas simple) des gens qui nous ont chassés de chez eux (ce qui était légitime) ? Le coût psychanalytique de l'immigration n'est pas le moindre...

Jean-François Copé, Manifeste pour une droite décomplexée (Fayard)Le vrai coût de l'immigration

REUTERS/Philippe Wojazer

"La dérive de l'aide médicale d'Etat (AME) est un exemple symptomatique d'une fausse générosité."

L'afflux d'étrangers pauvres fait mal, depuis quarante ans, parce qu'il prouve le blocage du modèle républicain. Italiens, Espagnols, Portugais et Polonais ne furent pas accueillis, en leur temps, dans un Embrassons-nous Folleville polyglotte : racisme et exploitation les attendaient aussi, et le creuset républicain était un mortier brûlant, pas une soupière parfumée. Néanmoins, rien n'arrêtait l'intégration, mue par son double moteur : la croissance économique et le cousinage culturel. Avec le chômage de masse et des arrivants ni européens ni chrétiens, la machine s'est bloquée. En novembre 2005, loin encore de la Place Beauvau, Manuel Valls déclarait : "Nous vivons l'échec de l'intégration à la française, combiné à une crise sociale, à une perte de repères et à la montée des communautarismes." Sept ans plus tard, rien n'a changé. Or, les solutions sont disponibles.

Tag(s) : #Europe

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