Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

 Propos recueillis par Agnès Laurent publié le 14/11/2012 à 09:31

L'économiste Xavier Chojnicki (1), coauteur d'une étude qui fait autorité, explique pourquoi les immigrés ne plombent pas les comptes de la Sécu. Et lui rapportent même un peu.

Imprimer

14

IMMIGRATION - Dès lors qu'ils sont déclarés, les travailleurs sans papiers versent des cotisations sociales, sans que celles-ci leur ouvrent des droits.
IMMIGRATION - Dès lors qu'ils sont déclarés, les travailleurs sans papiers versent des cotisations sociales, sans que celles-ci leur ouvrent des droits.
REUTERS/Benoit Tessier
Dans votre étude, vous allez à l'encontre d'une idée très répandue, selon laquelle l'immigration coûte cher à la France. Comment parvenez-vous à ce résultat?

Nous avons regardé sur une année - en l'occurrence, 2005 - ce quela population immigrée apportait aux finances publiques et ce qu'elle représentait en termes de dépenses. Il est vrai que les immigrés non communautaires recourent plus fréquemment que les natifs aux aides au logement (34 %, au lieu de 13,7 %), aux allocations familiales (35 %, au lieu de 24,3 %) et à l'assurance chômage (19 %, au lieu de 11,7 %). Mais, a contrario, ils perçoivent moins de prestations liées à la santé ou à la retraite. Et ils paient des cotisations sociales et des impôts sur le revenu, les taxes sur la consommation (TVA) et les impôts locaux entre autres taxes. Au final, pour l'année étudiée, nous sommes parvenus à une contribution nette de l'immigration de 3,9 milliards d'euros. Soit 0,5 % du produit intérieur brut (PIB), ce qui, au demeurant, reste globalement faible.

Un gain net de 3,8 milliards d'eurosProtection sociale et immigration: les chiffres contre les clichés

Comparaison entre les impôts et cotisations versés par les immigrés et les prestations qu'ils reçoivent, en milliards d'euros, en 2005. (Source : Chojnicki et Ragot (1))

Pouvez-vous préciser l'origine de ce solde positif?

L'explication est simple. La structure par âge des immigrés est différente de celle des autochtones. Ils sont concentrés dans la tranche des personnes en âge d'activité : 55 % d'entre eux ont entre 25 et 55 ans, contre 40 % pour l'ensemble de la population. A l'inverse, ils sont globalement moins nombreux dans les tranches - jeunes ou plus de 60 ans - qui sont les plus grosses consommatrices des dépenses sociales pesant le plus dans les budgets publics (retraite, santé, éducation...). En résumé, le fait qu'ils soient au total plus jeunes permet de compenser entièrement le surcoût pour certaines branches de la Sécurité sociale.

Ce résultat n'est-il valable que pour la seule année 2005?

Non. Quelle que soit l'année retenue, l'impact financier de l'immigration est toujours relativement neutre. Parfois un peu positif, parfois un peu négatif, mais toujours autour de l'équilibre. Nous sommes loin du fardeau pour les finances publiques décrit parfois. Supprimer l'immigration ne résoudrait en rien la crise actuelle de la dette. Ce résultat se retrouve dans de nombreuses études menées à l'étranger.

Comment expliquer qu'une étude, menée par Jean-Paul Gourévitch pour Contribuables associés, et souvent citée par Marine Le Pen, parvienne à un coût annuel de 30 milliards d'euros ?

La principale différence réside dans la définition de la population immigrée retenue. Nous avons choisi les critères de l'Insee : être né étranger dans un pays étranger, ce qui exclut de fait les immigrés de la seconde génération. Jean-Paul Gourévitch ajoute ainsi 2 millions de personnes : les enfants d'immigrés. Cela pourrait paraître normal, mais le problème réside dans le fait qu'il ne les comptabilise que lorsqu'ils sont mineurs et qu'ils pèsent le plus sur les dépenses publiques - via l'éducation notamment - et pas quand ils sont majeurs et contribuent, en payant des cotisations et des impôts, à la collectivité.

"Supprimer l'immigration ne résoudrait en rien la crise actuelle de la dette"
Cela suffit-il à justifier l'écart?

Il y a d'autres éléments. Ainsi, cette étude impute aux immigrés le coût de la contrefaçon (2,2 milliards d'euros), celui de la prostitution (1,4 milliard d'euros) ou l'aide publique au développement à destination des pays d'origine... Tout cela est un peu surprenant. Dernier point, nous estimons qu'elle surévalue les dépenses de santé des immigrés. Compte tenu de sa structure par âge - plutôt jeune et active -, cette population consomme moins que les natifs. Jean-Paul Gourévitch néglige le fait qu'une personne de 60 ans est, en moyenne, deux fois plus coûteuse pour le système de santé qu'un trentenaire.

A échéance plus longue, l'apport des immigrés est-il toujours positif?

Pour évaluer le phénomène, nous avons étudié deux scénarios à l'horizon 2050 : l'un, en maintenant le flux migratoire tel qu'il est aujourd'hui - soit environ 100 000 entrées nettes -, l'autre, avec un solde migratoire nul. Dans le premier cas, les besoins globaux en matière de protection sociale représentent 3 % du PIB. Dans le second, ils sont de 4,3 %.

Comment expliquer que l'arrêt des flux migratoires ait un effet si important?

Là encore, il s'agit d'un effet de structure par âge. La très grande majorité des immigrés qui arrivent en France ont moins de 30 ans et sont donc des contributeurs nets aux finances publiques. Si vous stoppez ce flux, votre population va globalement vieillir plus rapidement et la part des dépenses de retraite et de santé va donc augmenter plus vite.

Faut-il en conclure qu'il faudrait accroître les flux migratoires pour assurer l'avenir de notre protection sociale?

Non, le vieillissement est un phénomène irréversible. Si l'on double les entrées sur le territoire chaque année jusqu'en 2050, les besoins financiers baissent en effet : ils ne sont plus que de 2,2 points de PIB pour des flux migratoires aux qualifications équivalentes à ceux d'aujourd'hui. Et de 1,9 point, si on instaure une sélection pour aligner le niveau de qualification des immigrés sur celui des natifs. Soit une réduction d'un tiers environ du besoin de financement, ce qui est assez peu, alors que le choc migratoire est important. Mais, attention : cet effet ne vaut que pour le moyen terme. Si l'on regarde à l'horizon 2100, l'effet bénéfique tend à disparaître, car ces immigrés vont à leur tour vieillir.

(1) Xavier Chojnicki, économiste (université Lille II et Cepii), est l'auteur, avec Lionel Ragot, d'On entend dire que l'immigration coûte cher à la France. Qu'en pensent les économistes ?, Eyrolles-Les Echos éd., 12 euros.

Tag(s) : #Europe

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :