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Le président du Zimbabwe, Robert Mugabe, le 22 août 2013 lors de la cérémonie d'investiture à Harare, aux côtés de son épouse Grace.
Le président du Zimbabwe, Robert Mugabe, le 22 août 2013 lors de la cérémonie d'investiture à Harare, aux côtés de son épouse Grace.
REUTERS/Philimon Bulawayo

Par Tirthankar Chanda

Malaise dans les rangs du parti de Robert Mugabe, où la guerre de succession a déjà commencé. La vice-présidente Joice Mujuru semble émerger comme la possible successeur du président vieillissant. L’opposition zimbabwéenne menée par l'ancien Premier ministre Morgan Tsvangirai est, elle aussi, en proie à de graves dissensions.

A Harare, la bataille pour la succession de Robert Mugabe a bel et bien commencé. Le parti au pouvoir, l’Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique (Zanu-PF), se déchire entre différentes factions dirigées notamment par la vice-présidente Joice Mujuru et le ministre de la Justice Emmerson Mnangagwa, qui sont considérés comme des successeurs potentiels à l’autocrate vieillissant. Au pouvoir depuis 1980, Robert Mugabe, 89 ans, s’est fait réélire en août dernier à la tête du pays pour un nouveau mandat de cinq ans.

Les rumeurs sur l’état de santé du plus vieux chef d'Etat africain, qui serait atteint d’un cancer de la prostate, ont relancé les guerres de tranchées entre les factions rivales au sein de la Zanu-PF. Craignant de voir son organisation imploser à plus ou moins court terme, Robert Mugabe a pris la parole pour fustiger le factionnalisme, à l’occasion de la conférence annuelle du 13 décembre dernier. Il a rappelé que les divisions internes avaient coûté au parti les élections générales de 2008, au cours desquelles la Zanu-PF avait perdu la majorité au Parlement pour la première fois depuis l’indépendance en 1980.

Dans son discours fleuve, qui a duré 90 minutes, Robert Mugabe a déclaré qu'il revenait aux adhérents de choisir qui sera leur prochain chef lors du congrès électoral du parti. Le prochain congrès électoral de la Zanu-PF est prévu pour décembre 2014.

Mujuru versus Mnangagwa

En attendant cette échéance importante, la Zanu-PF a organisé récemment des élections internes pour la désignation des présidents des antennes régionales du parti. Ces élections ont été remportées par les proches de la vice-présidente Joice Mujuru, qui contrôlent désormais neuf provinces sur dix. Cela donnera un avantage décisif à Mme Mujuru au cas où le président nonagénaire disparaîtrait avant la fin de son mandat en 2018.

Joice Mujuru devient pour ainsi dire l’héritière institutionnelle de Robert Mugabe, au grand désespoir de son rival, M. Mnangagwa. Lui aussi nourrit depuis longtemps des aspirations présidentielles. Autrefois proche de M. Mugabe, ce dernier a été à la tête des ministères stratégiques (Intérieur, Défense). Il est surnommé « le Crocodile » pour son rôle dans le massacre des opposants politiques au régime dans les années 1980.

La vice-présidente Joice Mujuru jouit pour sa part d’une image plus positive auprès de la population. Vétéran de la guerre d’indépendance, elle s’était fait connaître en 1974 en abattant un hélicoptère des forces rhodésiennes. Elle avait 25 ans lors de l’indépendance. Elle fut cooptée par Robert Mugabe pour faire partie de son gouvernement dès 1980.

Elle a aussi connu la disgrâce lorsque son mari, le général Solomon Mujuru, chef de l’armée, a pris la tête du mouvement citoyen réclamant le départ à la retraite de M. Mugabe avant la présidentielle de 2008.

Après la mort de son mari, dans des circonstances non encore élucidées, Joice Mujuru a continué de jouer un rôle important dans le parti au pouvoir dont elle est vice-présidente depuis 2004.

Mugabe, « l’élément qui cimente la Zanu-PF »

Confirmée comme numéro 2 du régime par Robert Mugabe après la réélection de ce dernier en août, Mme Mujuru a participé avec le président à la formation du nouveau gouvernement. Elle s’est arrangée pour faire nommer ses fidèles lieutenants aux postes-clés de la Défense et du ministère de l’Intérieur. Selon les observateurs de la scène politique zimbabwéenne, le gouvernement est aujourd'hui essentiellement composé de loyalistes du camp Mujuru.

Pour autant, selon les termes de la nouvelle Constitution, la vice-présidente n’accèdera pas automatiquement à la fonction suprême en cas de vacance de pouvoir. Si le président Mugabe devait disparaître avant la fin de son mandat, le président du Parlement devra nommer un successeur provisoire en attendant l’organisation de la présidentielle anticipée. Cette période intermédiaire risque d’être fatale pour la Zanu-PF, sans M. Mugabe qui est « l’élément qui cimente le parti », selon Wilf Mbanga, rédacteur en chef du journal The Zimbabwean basé à Londres.

Il n’est pas certain que l’opposition du MDC, le Mouvement pour le changement démocratique, parti de l’ancien Premier ministre Morgan Tsvangirai - qui attend patiemment son tour -, soit en mesure de profiter de la guerre de succession qui ronge le parti au pouvoir. Le MDC est lui aussi secoué par des dissensions graves suite à sa défaite aux dernières élections. Attribuant cet échec à l’absence de leadership de M. Tsvangirai, nombre d’adhérents ont quitté le MDC pour créer un nouveau parti, la Zimbabwe Independent Alliance (ZIA). Cette scission a fortement affaibli l’opposition zimbabwéenne.

La vice-présidente Joice Mujuru aux cotés du président du Zimbabwe Robert Mugabe, en février 2012.
AFP/Jekesai Njikizana
Tag(s) : #afrique

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